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Le déserteur [ 1953 ]

La chanson « Le déserteur » fut écrite en 1953, à la fin du conflit en Indochine, et peu avant le début de la guerre d’Algérie. Cette lettre ouverte prend la forme d’une déclaration d’insoumission adressée au président de la République de l’époque, René Coty. La première version, jugée trop subversive ne trouve aucun éditeur, et même réécrite, elle sera interdite sur les ondes durant plusieurs années.


I) Un texte épistolaire

1) La forme épistolaire

· Le texte se revendique en tant que lettre : je vous fais une lettre (v.2) L’idée de correspondance est première, puisque le rapport épistolaire est présenté dans les quatre premiers vers (que vous lirez peut-être// Si vous avez le temps)
· On trouve les intervenants traditionnel d’une correspondance épistolaire : un épistolier, un destinataire : M. le Président (en tête du texte) et repris aux vers 9 et 44. L’épistolier et le destinataire sont présents dans le texte à travers une abondance de pronoms à la première et 3 ième personne.
· La lettre est inscrite dans un contexte spatio-temporel précis et qui relève de l’énonciation : avant mercredi soir, la France,
· On peut préciser le statut de l’épistolier : orphelin de père et de mère (j’ai vu mourir mon père...ma mère), séparé de sa femme (on a volé ma femme), ancien combattant (j’étais prisonnier).
· Son niveau social est également identifiable (formules familières : je vous fais une lettre, Elle est dedans sa tombe ; c’est pas pour vous fâcher). Probablement un paysan, un homme du peuple.

2) La forme de la lettre ouverte

Certains aspects de la correspondance privée ne sont pas présents : pas de nom (Le déserteur est un statut, non une identité),. Pas de date, ni d’indice de lieu d’expédition
La plupart des éléments présents relèvent de la généralisation
o le président n’est pas nommé (peut s’adresser à n’importe quel président) : il symbolise le pouvoir aveugle.

o la guerre (laquelle ?), les chemins, les routes de France (Bretagne et Provence = les extrémités de la France), vos gendarmes (= la loi violente), les pauvre gens, les gens (laissés dans l’anonymat)
· Le statut de l’épistolier relève du symbole : celui de la souffrance (il est pathétique, et invite à réfléchir) : j’ai vu mourir, j’ai vu partir, on m’a volé, on m’a volé (insistance et répétitions). Mais le personnages est fictif : le Déserteur n’est pas Boris Vian) : c’est une chanson destinée à par un auteur à un public vaste.

II) La force du message délivré

1) Un récit de vie à valeur argumentative

Le poème présente un résumé d’une existence vécue :
· Au passé lointain : depuis que je suis né est un repère qui sert de base à une succession de malheurs (perte du père, mère, frères, femme) associés à un lexique de la perte (mourir, partir, volé) et de la souffrance (souffert, pleurer, prisonnier). Suggère une vie marquée par les maux.
· Au passé proche : je viens de recevoir mes papiers militaires, ma décision est prise. Les deux événements sont liés par l’impression d’une décision résolue et déterminée.
· Au présent : je ne veux pas la faire ; je ne suis pas sur terre pour tuer ; La décision relève non pas de la peur mais du pacifisme.
· Au futur : je m’en vais déserter : décision irrévocable, liée au présent avec ses conséquences : je fermerai ma porte, j’irai sur les chemins, je mendierai, je crierai, ils pourront tirer : le déserteur deviendra exilé, pèlerin errant et criant (poète engagé prêt à sacrifier sa vie).

2) Le message de la révolte.

Le poème développe un champ lexical de l’insoumission, de la révolte : déserter, crier. La mise en scène de la parole future est marquée par l’opposition : refusez, n’allez pas. Les injonctives démontrent une révolte active contre le mal qu’engendre la guerre. La parole devient en outre conseil à l’invitation : allez donner le vôtre
· La revendication du pacifisme est omniprésente dans le poème : c’est pas pour vous fâcher, je ne suis pas...tuer ; vous êtes bon apôtre ; je n’aurai pas d’arme. Le déserteur est caractérisé par son inncence.

III) L’apport de la forme poétique au message.

1) La forme poétique

· Le poème est écrit

o Sous forme de 3 strophes de 16 hexasyllabes.
o Les rimes sont embrassées, même si l’on observe des discordances au début des strophes 2 et 3 où un vers est seul (reprise de la dimension populaire), et parfois au milieu d’une strophe (pleurer mes enfants, crier aux gens)
· L’allusion à la forme poétique est présente dans le vers 24 : elle se moque des vers
· La musicalité est omniprésente dans ce poème qui multiplie les allitérations et assonances plaintives :
o Strophe 1 : Les son [è ] domine dans le poème et crée un écho sur les mots clés de la strophe (faire/guerre)
o Dans la strophe 2, les allitérations gutturales en [R] créer une impression de tristesse, de mélancolie.
o Enfin, dans la strophe 3, les sons aigus en [e] et [i] suggèrent la force de la révolte, de la volonté de crier.
· La poésie permet en outre de créer des effets de rythme (nombreuses répétitions et anaphore) j’ai vu, Et se moque,On m’a volé, Refusez deviennent des expressions clés.
· Certaines rimes sont significatives du message de Vian : les associations président /pauvres gens crée une opposition récurrente, mais surtout père/frères ; tombe/bombes ; femme/âme ; gendarmes/armes associent aux sons des liens lexicaux : souffrance, perte et mort.
· Certaines métaphores purement poétiques renforcent la crédibilité du message : on m’a volé... mon cher passé (regret), je fermerai la porte// Au nez des années mortes = idée de rupture définitive avec ce qui est perdu.

Conclusion

La chanson de Boris Vian relève à la fois de la lettre ouverte et de la poésie engagée. Elle dénonce à la fois la mobilisation et la guerre qui y conduit.

2 commentaires:

À 4:53 AM , Anonymous setareh a dit...

سلام
من یه سوال داشتم اگه لطف کنید جوابمو بدید
ضرب المثل چراغی که به خانه رواست به مسجد حرام است رو به فرانسه می خوام
ببخشیدا...

 
À 11:42 PM , Anonymous Anonyme a dit...

سلام

این جواب ضرب المثل چراغی که به خانه رواست به مسجد حرام است رو به فرانسه Charité bien ordonnée commence par soi-même

 

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